Accueil - Ma généalogie - Contrats de mariages - Dossiers - Liens - Me contacter

Retour Sommaire

La cour censale du Valemprez à Dottignies

Par Charles-Clovis Selosse, membre de la société d’Histoire de Mouscron
Et de la Région
Membre du Cercle royal Historique et Archéologique de Courtrai

 Cette ancienne exploitation agricole tenue depuis des années par la famille Dekimpe, est située à l’angle des rues Cardinal Mercier et du Valemprez.
On accède à la ferme par une carrière qui prend naissance dans la rue Cardinal Mercier. Celle-ci nous conduit à la grand-porte surmontée d’une arcade en anse de panier. A droite de l’entrée se dresse un fenil et à gauche de celle-ci, un beau corps de logis a été bâti, dont la longue façade donne du côté de la cour de ferme. Un trottoir élevé donne accès à cette belle demeure construite de plain-pied et éclairée par de multiples fenêtres.
Au dessus de la porte d’entrée, un œil-de-bœuf laisse pénétrer la lumière dans le corridor. Dans la toiture, autrefois garnie de chaume, recouverte à présent de tuiles rouges, une lucarne monte-charge servait à accueillir les sacs renfermant la récolte de grain qui était alors déversé sur le plancher du grenier. Au faîte du toit, un clocheton bien simple est posé. Malheureusement, il a perdu sa cloche. Cette cloche qui dictait aux gens de la terre qu’il était temps de partir au travail. Le tintement de cette cloche qui provoquait le hennissement des chevaux et qui leur indiquait que le moment était venu de rentrer à l’écurie pour recevoir leur pitance. Cette cloche encore, qui permettait au fermier d’appeler au secours lorsqu’un sinistre éclatait ou encore quand des brigands s’attaquaient à sa personne, aux siens ou à ses biens.
Les communs de la ferme ont été édifiés en forme de quadrilatère. Nous découvrons à main droite les granges avec leurs accès. Faisant face à l’habitation, le long de la rue du Valemprez, sont consruites les étables. A l’extrémité de celles-ci, une grande porte donne encore un accès charretier à la cour de la ferme. Enfin, du côté de la rue Cardinal Mercier et rejoignant l’habitation, des dépendances referment ce quadrilatère. Dans la cour, on remarque encore l’emplacement d’un abreuvoir qui était construit en briques. Il fut démoli car le progrès l’avait rendu inutile.
Les longs murs blanchis à la chaux auraient mieux gardé le caractère primitif de l’exploitation si on ne s’était pas évertué à accoler des dépendances basses au dos des bâtiments d’habitation, situés du côté de la carrière qui nous permet d’accéder à la cour.
Si de nos jours, on considère les environs de Valemprez, on peut avancer sans crainte de se tromper qu’il existait des étangs dans les alentours du domaine. Malheureusement, il n’en reste que peu de traces.

Mais retournons dans la cour où notre attention est retenue par la demeure du fermier. Dans le mur, à droite de la porte, on a conservé une pierre placée en losange. Cette dalle, datée de 1663, porte un écusson surmonté d’une mitre et d’une crosse. Les armes en sont attribuées à Pierre Cazier1. Cet abbé de l’Abbaye de Saint-Martin à Tournai fut baptisé à Tournai, Notre Dame, le 14 février 1602. Il éait le fils de l’honorable homme Jean Cazier, marchand juré de Tournai, échevin de Saint-Brice de 1617 à 1620 et qui avait acheté la bourgeoisie de Tournai en 1586, et d’Antoinette Picou (ou Picquoy), d’origine artésienne et décédée à Tournai, Saint Piat, le 24 septembre 1636. Leur testament conjonctif fut approuvé le 21 juillet 1636. Ce qui permet de situer le décès de Jean Cazier vers le 18 juillet 1636.
Pierre Cazier, né à Tournai, de parents peu fortunés mais honnêtes, se fit remarquer par ses talents à l’Université de Louvain. Entré à l’Abbaye de Saint-Martin, il fit profession en avril 1624. Il retourna ensuite à Louvain où il étudia la théologie. Il revint alors enseigner la théologie dans son monastère, puis fut envoyé à Affligem où il remplit la charge de lecteur pendant trois ans. Il prit alors la licence à Louvain avec deux confrères, D. Ambroise Roscand et D. Paul Grau. Il revint à Saint-Martin, fut nommé tiers-prieur, puis maître des novices.
Le 11 juin 1654, il obtient ses patentes de coadjuteur. Il fut installé le 3 janvier 1656 et béni le 9 du même mois. Cet abbé se fit remarquer par son amour de la régularité et fit régner une bonne discipline dans son monastère. A la fin, on lui reprocha sa dureté et une certaine avarice. Il jeta le 10 février 1666, les fondements du nouveau dortoir et orna le réfectoire bâti par l’abbé de Roore.
D. Duquesne se plaint de la visite faite en 1667 par quelques français à la bibliothèque, d’où ils emportèrent 36 manuscrits qui furent envoyés à Paris.
Le 3 juillet 1671, Louis XIV posa la première pierre de la nouvelle église qui coûta en tout plus de 150.000 florins.
L’abbé Cazier abdiqua le 21 août 1674 et mourut le 23 mars 1676 ;
Les armes de Pierre Cazier, abbé de l’Abbae de Saint-Martin de Tournai en 1663, se lisent comme suit : « d’azur à trois étoiles d’or, au chef d’argent chargé d’une rose de gueules. Aux deux : d’argent à une demi aigle de sable mouvant de la dextre de la partition ».

Entre la première et la seconde fenêtre de l’habitation, une niche surmontée d’une croix est pratiquée dans le mur. Cette chapelle est dédiée à la Vierge. On y a placé une Sedes Sapientiae. Déjà au XIIIe siècle, les terre du Valemprez appartenaient à l’Abbaye de Saint-Martin de Tournai. Nous en retrouvons traces dans les chartes de cette abbaye.

En effet, le samedi 22 novembre 1259, l’abbaye de Saint-Martin, échange des rentes qu’elle possédait à Estaimbourg, à Bailleul et à Pecq contre six bonniers de terre à Dottignies, appartenant à Ernoul de Wanonpret. Ces terres étaient situées au lieu dénommé Wanonpret.

En novembre 1277, l’Abbaye de Saint-Martin donne à bail pour neuf ans à Watier Cauchevake, la ferme de Wanempret avec toutes ses dépendances.

Le valemprez dépendait du bailliage de Tournai. Dans son « Histoire de Dottignies », Albert Van Neste affirme que le Valemprez compta jusqu’à septante-six bonniers.

Notons encore que l’abbaye était propriétaire de la ferme du Temple près de l’église de Saint-Léger et de celle de Clercamp située au même village de Dottignies. Le censier de Valemprez avait comme titre « Bailli des messieurs de l’Abbaye de Saint-Martin et premier manant du Tournaisis à Dottignies ».

La famille « Dubus » occupa le Valemprez. Albert Joseph Du Bus né à Saint-Léger le 9 octobre 1691 est censier et maeur de la Cour censale de Vallemprez à Dottignies. Il épousa le 19 décembre 1723 à Saint-Léger, Marie Thérèse Van Damme.

François Joseph Dubus, né à Dottignies en 1725, succéda à son père dans la fonction de mayeur du Vallemprez. Il devint bailli général de l’Abbaye de Saint-Martin de Tournai pour toutes les terres qu’elle possédait dans le Tournaisis. Il se maria en l’église de Dottignies le 22 avril 1749, avec Marie Joseph Baudrenghien. Ils eurent dix enfants dont Louis qui suit.
Louis Dubus, né à Dottignies le 25 août 1760, demeura censier du Vallemprez. Agé de 35 ans, il se maria à Kooigem le 28 juillet 1795 avec Caroline Joseph Glorieux.

Nous avons retrouvé à la Bibliothèque de la ville de Courtrai, dans le fonds Slosse, une affiche relative à la ferme du Valemprez, qui date de 1801, concernant l’acte de vente à la suite des expropriations.

 

République Française
Revente des biens nationaux
Département de la Lys

On fait savoir que le 19 prairial an 9, à 10 heures du matin, dans la salle ordinaire des ventes de la Préfecture, il sera procédé pardevant le secrétaire général à la revente à la folle enchère des biens désignés ci-après conformément aux dispositions de la loi du 16 brumaire an 5.
Suit la désignation desdits biens, savoir,
Au préjudice du Citoyen Vilain XIIII
Article I
Une ferme à mouton et 45 bonniers 903 verges de terres à Dottignies, provenant de la ci-devant abbaie de St Martin, occupée par Louis Du Bus, moyennant un rendage annuel de 1.879 F.
Article II
8 bonniers 300 verges de terres, situées à Dottignies, provenant de la ci-devant Abbaie de St Martin à Tournai, occupées par Louis Dubus, moyennant un rendage annuel de 370 F.

Longtemps après la révolution, la cense de Valemprez appartiendra encore à la famille Vilain XIIII. Un acte de partage daté du 26 novembre 1928 nous apprend que ce bien appartenait à la Vicomtesse Elisabeth-Catherine Vilain XIIII. Cette dernière qui habitait à Saint-Josse-ten-Noode, y est décédée le 26 juin 1951. Par testament, la Vicomtesse institue légataire universel du domaine du Valemprez, les Chanoinesses régulières de Saint Augustin de Jupille et lègue aux quatre demoiselles Pieret de Schaerbeek l’usufruit du bien. Les chanoinesses et les demoiselles Pieret vendirent la cour du Valemprez en date du 10 juin 1958.

Depuis quatre générations cette ferme est exploitée par la famille Dekimpe. On retrouve d’abord Joseph Dekimpe-Englebert. Ce fut ensuite Léopold Dekimpe et son épouse Anna Glorieux qui vinrent s’installer au Valemprez.
En 1932, nous y trouvons Monsieur Paul Dekimpe et dame Marthe Liétaer, de Rekkem. Paul Dekimpe est né à Dottignies le 17 mars 1910. Il décéda inopinément le 9 janvier 1972. Déjà le 1er janvier 1967, il avait cédé la ferme à son fils René Dekimpe qui avait épousé Marie Rose Hubaut de Mouscron.

Les propriétaires en juin 1979 étaient Messieurs et dames Joseph Verbauwede-Vandenbogaerde Magdalena, industriel à Deerlijk, en indivision avec Gabriel Verstraete-Verbauwede Maria, qui ne possèdent aucun document sur leur bien pouvant nous aider.